# Posté le lundi 4 octobre
J'ai arrêté de pleurer.
C'est faux. C'est un mensonge. J'ai tellement pleuré que je n'ai plus de larmes.
Je n'ai pas été en cours vendredi, et je n'ai pas tenté de récupérer quoique ce soit ce week-end. Raphaël m'a envoyé quelques messages compatissants mais distants. Il ne me veut pas de mal, mais ne me veut pas.
Je lui réponds l'air de rien, comme si j'allais ... Correctement, on va dire. En réalité, j'ai envie de lui crier mon amour, et à quel point je veux le récupérer. A quel point je veux aller au cinéma avec lui, jouer à Minecraft avec lui, dessiner avec lui. J'ai tellement de memes à lui envoyer ! Tellement d'anecdotes à lui raconter. Hier, j'ai vu un chien dans la rue. C'était un bichon avec un col roulé. A qui d'autre je peux raconter ça ? Qui d'autres a toujours été là pour m'écouter me pâmer devant un petit hérisson ou même un caillou en forme de cœur ?
La solitude ne m'a jamais parue aussi envahissante. Ma maman m'a appelée pour savoir comment j'allais, et je me dis que je ferais bien de prévenir mes amis avant que l'un d'entre eux mentionne Raphaël et que je fonde en larme. Je leur laisse un petit message court sur messenger, dans notre groupe de conversation, et je les somme de ne pas m'en parler. Je n'aime pas qu'on s'apitoie sur mon sort, je le fais très bien toute seule. De toute façon, suis-je si proche d’eux ? Je ne les ai pas vus depuis des lustres, et je ne fais plus que les croiser dans les couloirs de l’UTC. D’autres amis ? Oui, j’en ai. Enfin, j’en avais : Raphaël les a emportés avec lui. Après tout, c’était les siens d’abord.
Ma conversation avec Raphaël se termine assez rapidement. Il tente de discuter comme le ferait deux amis. Je ne pense pas qu'il réalise à quel point cela me blesse plus que de me faire ignorer. Alors qu'il me souhaite bonne nuit, l'absence d'un "Je t'aime" me saute aux yeux.
Je me remets à pleurer, alors que quelques mots d'une chanson me reviennent en tête. J'ai l'impression d'être le héro d'un mauvais film d'amour d'une banalité effarante, mais je crois que c'est ce qu'il y a de plus triste au final : ma situation est celle de tant d'autres personnes, et pourtant je ne me suis jamais sentie aussi seule et incomprise.
"How' much do I love you ? Count the stars in the sky. Measure the waters of the oceans with a teaspoon. Number the grains of sand on the sea shore. Impossible, you say. Yes and it is just as impossible for me to say how much I love you
"My love for you is higher than the heavens, deeper than Hades, and broader than the earth. It has no limits, no bounds. Everything must have an ending except my love for you."