Dès le 29 août
1914, les habitants de Ribécourt-Dreslincourt et des alentours se
réfugièrent dans les carrières souterraines pour échapper
à l’agresseur allemand. Les soldats allemands prirent position en
lisière du Bois de la Montagne d’Attiche dans le réseau de
carrières des Cinq Piliers. Du 18 septembre 1914 au 17 mars 1917,
de nombreux régiments se succédèrent dans ce secteur
alternant 40 jours de première ligne à 40 jours de repos
en troisième ligne. Ainsi, les carrières des Cinq Piliers
furent essentiellement occupées du 20 septembre 1914 au 20 juin
1915 par le 162ème R.I. de Lübeck (3ème
Hanséatique), le 163ème R.I. de Schleswig-Holstein,
puis par le 12ème Régiment d'Infanterie de Landwher.
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© Coll. Patrimoine de la Grande Guerre. |
Terrées dans les carrières, les troupes allemandes profitèrent de ce formidable réseau souterrain pour passer de la deuxième ligne à la première ligne en toute sécurité. Une vie de quartier s'organisa bientôt à l'abri des regards français dans ce réseau de carrière en liaison avec les villages conquis de Ville, Chiry et Dreslincourt. Tous les services régimentaires y furent installés (cuisines, cordonnier, tailleur, écuries) dans un confort de campagne amélioré (électricité, téléphone).
Après quelques mois
d'occupation, la troupe réalisa de colossales sculptures à
la gloire de l'Empire allemand. Les Cinq Piliers proprement-dits furent
ornés de la devise "Wir Deutsche Fürchten Gott sonst nichts
auf der welt' c’est-à-dire "Nous Allemands, ne craignons rien au
monde, sauf Dieu" sculptée en lettres gothiques.
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© Coll. Patrimoine de la Grande Guerre. |
Face au monument de Bismarck,
la devise du 12ème Régiment de Grenadiers
"Prinz Carl von Preussen" 2ème Brandebourg fut inscrite
à l'entrée d'une carrière aujourd'hui effondrée.
Près de là, un aigle sculpté peint en rouge rappelait
la présence impériale.
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© Coll. Patrimoine de la Grande Guerre. |
Le retrait stratégique allemand de mars 1917 permit aux troupes françaises de prendre possession des carrières des Cinq Piliers tant convoitées depuis le début de la guerre de position. Le "ravin aux éléphants", comme l'appelèrent certains poilus, devint lieu de cantonnement des troupes françaises qui respectèrent les sculptures ennemies. Un nouveau fléchage fut organisé comme l'indiquent les inscriptions "P.C. Madelon", "P.C. Calypso" et les croix rouges marquées des initiales "P.S." signifiant poste de secours.
C'est à cette époque
que furent sculptés, un coq peint en rouge et noir surmonté
d'un drapeau à l'effigie du 324ème R.I., les graffiti
"l23", "365", "Honneur au 369 " et le croissant des Zouaves. Pourtant,
alors que les soldats français photographiaient la "carrière
de l'aigle rouge" l'ennemi préparait son offensive de la dernière
chance.
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(15 Mai - 9Juin 1918). © Coll. Patrimoine de la Grande Guerre. |
Avec la perte du Mont-Renaud
(10 juin 1918), les Cinq Piliers redevinrent allemands. Le 10 août,
la 67ème D.I. se vit attribuer la charge de libérer,
Ribécourt Dreslincourt. Le 19 août, après de terribles
combats, la 67ème D.I. dépassait la Ferme d’Attiche,
prenait Ribécourt-Dreslincourt mais butait sur les Cinq Piliers
protégés par une puissante artillerie. L'ennemi tenait fermement
les sous-bois empoisonnés par les obus toxiques. Seule l'avancée
alliée en rive droite de l'Oise à Ourscamp et Carlepont put
contraindre l'ennemi à abandonner la position. Le 21 août,
le repli allemand permit aux Français de gagner définitivement
les Cinq Piliers qu'ils dépassèrent rapidement pour libérer
Noyon.
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© Coll. Patrimoine de la Grande Guerre. |
Au lendemain de la Grande Guerre,
l'avènement de l'ère de la brique ferma les carrières
qui furent, pour certaines, reconverties en champignonnières. Livrés
pendant 60 années à la nature, les Cinq Piliers sont aujourd'hui
le siège d'un circuit pour véhicules 4x4 (terrain privé).
Le site historique, quant à lui, est régi par l'association
Patrimoine de la Grande Guerre (visites commentées sur simple demande).