Pathgénicité

Yannick Rossez

La résistance croissante des bactéries aux antibiotiques figure parmi les menaces les plus graves pesant sur la santé de la population mondiale : à l'horizon 2050, si rien n'est fait pour l'enrayer, elle pourrait entraîner quelque dix millions de décès par an sur la planète*, davantage que toutes les formes de cancers réunies.

Au laboratoire génie enzymatique et cellulaire (GEC) de l'UTC, Yannick Rossez travaille sur cet enjeu majeur. Son ambition ? Trouver une alternative à ce type de traitements : "Les bactéries, qui ont des milliards d'années d'adaptation derrière elles, sont capables de développer en permanence de nouvelles stratégies pour survivre. Plutôt que d'essayer de les tuer avec des antibiotiques auxquels elles parviennent à s'adapter de plus en plus vite, l'idée est de les empêcher de devenir pathogènes."

Concrètement, pour provoquer une maladie, il faut d'abord que les micro-organismes adhèrent à un tissu cellulaire, qu'ils vont ensuite coloniser en se multipliant et en se collant les uns aux autres. Ils forment alors un biofilm qui contribue également à leur survie. Car non seulement les antibiotiques se heurtent à la résistance naturelle des bactéries, mais elles ne peuvent pas atteindre toutes celles qui composent le biofilm. "Pour empêcher ce processus, la solution la plus efficace serait de le bloquer dès sa phase initiale, explique Yannick Rossez. Autrement dit, de chasser les micro-organismes avant qu'ils n'adhèrent au tissu, ce qui suppose de bien comprendre les mécanismes en jeu. Certaines bactéries, par exemple, disposent de flagelles : de petits tentacules leur permettant de se mouvoir dans un milieu liquide, mais aussi de sonder un support et de s'y accrocher. Nous étudions le mécanisme de pénétration du flagelle dans un tissu, mais aussi l'évolution du métabolisme de la bactérie lorsqu'elle adhère au tissu pour voir si elle libère des molécules spécifiques. Ensuite, il s'agira de synthétiser des molécules chimiques résistantes capables d'inhiber ce processus et face auxquelles les bactéries auront beaucoup plus de mal à développer une stratégie d'adaptation que lorsqu'on cherche à les tuer avec un antibiotique."

* Source : The review on antimicrobial resistance, sous la direction de Jim O'Neill, mai 2016.

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