Wikipédiens

Michaël Vicente

Ils rédigent les contenus, les corrigent, traquent les contre-vérités et autres malveillances... Archétype du nouveau mode de création de valeur qu'est l'économie contributive, Wikipédia mobilise des centaines de milliers de bénévoles dans le monde. Qui sont-ils, quelle flamme les anime ? Pour le savoir, le laboratoire connaissance, organisation et systèmes techniques (Costech) de l'UTC et Télécom Bretagne ont dressé le portrait sociologique des acteurs du site francophone de l'encyclopédie et modélisé les scénarios de contribution : comment et pourquoi certains d'entre eux contribuent fortement à Wikipédia quand d'autres n'y participent que très faiblement ou se contentent de l'utiliser ?

"Nous avons travaillé avec Wikimédia France, l'association légale du site en France, qui, voyant le nombre de contributeurs baisser, s'interrogeait sur leur profil et leurs motivations, explique Michaël Vicente, sociologue à Costech. En 2011, nous avons mis en ligne un premier questionnaire qui a suscité plus de 13 000 réponses exploitables, dont plus de 5 000 émanant de contributeurs et le reste d'utilisateurs. Conclusion : les contributeurs sont à 80 % des hommes, plutôt jeunes, très majoritairement issus de catégories socioprofessionnelles élevées et diplômés de l'enseignement supérieur. Parmi eux, on trouve également nombre d'étudiants. Autrement dit, même dans une sphère comme Wikipédia, qui vise à démocratiser la construction du savoir, les barrières sociales et de genre demeurent. Et ce n'est guère surprenant : pour contribuer, il faut des connaissances et des compétences, le niveau d'éducation et la classe sociale sont donc déterminants. Mais le sexe l'est aussi. Avec Hélène Bourdeloie, chercheuse associée de Costech, nous avons pu mettre en avant que si les contributrices sont aussi rares, alors qu'il ne s'agit pas d'une activité technique, c'est plus généralement en raison de la tendance moindre des femmes à revendiquer une expertise."

Autre constat : les acteurs les plus investis agissent avant tout dans un but altruiste - créer un bien utile à tous et gratuit -, mais ne s'impliquent pas forcément dans la durée. "Beaucoup contribuent fortement sur un temps court pour produire des contenus relevant de leur domaine d'expertise et, ensuite, abandonnent, observe Michaël Vicente. Les contributeurs sur le long terme sont d'ailleurs plus nombreux parmi ceux qui corrigent et mettent en forme les textes ou luttent contre la malveillance."

Afin de valider ces premiers résultats, les chercheurs ont à nouveau diffusé un questionnaire en 2014. Les résultats se sont révélés comparables.

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