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Séminaire GE90 « crises du Covid et enjeux écologiques : relations et perspectives »

Séminaire GE90 « crises du Covid et enjeux écologiques : relations et perspectives » du 18 au 22 janvier 2021

Le COVID a surgi à l'hiver dernier et s'est propagé à grande vitesse, empruntant les voies nombreuses que lui offrait la mondialisation. Face à cette pandémie qui a provoqué une crise sanitaire et économique, les économistes s'opposent autour de deux interprétations, qui renvoient à des conceptions radicalement opposées du monde et de son avenir. L'une considère cette pandémie comme un choc " exogène ", autrement dit comme tombée du ciel, au hasard de la rencontre d'un pangolin et d'une chauve-souris. La crise qui en résulte a dès lors une dimension conjoncturelle : une fois passée, nous devrions assister à une forme de retour à un équilibre économique, plus ou moins similaire à celui qui précédait.

L'autre conception considère la pandémie comme " endogène ", c'est-à-dire fondamentalement liée à l'activité humaine et, en particulier, au fonctionnement de nos économies : le pangolin et la chauve-souris ne se sont pas rencontrés par hasard et le virus ne se serait pas propagé dans un monde moins globalisé. D'une part, les différentes formes d'extractivisme (déforestation, exploitations minières, etc.), d'élevage intensif et de prédation de la faune sauvage ont permis le transfert du virus d'un réservoir animal à l'être humain (on parle de " zoonose ") ; d'autre part, le modèle de tourisme et de division internationale du travail ont rendu possible son transport à l'échelle de la planète bien plus rapidement et profondément que par le passé. La peste de 1347, elle aussi arrivée d'Asie, avait mis plus de 30 ans à décimer la moitié de la population européenne !

Il résulte de la pandémie un ensemble de " crises[1] " dont il nous est est difficile de dessiner l'ensemble des contours :

  • une crise sanitaire, évidemment ;
  • une crise économique, dont la particularité est qu'elle touche à la fois l'offre (la production a été ralentie par le confinement) et de demande (les populations ont moins consommé en même temps que les entreprises ont reporté leurs investissements) ;
  • une crise sociale, liée à l'accroissement très marqué du chômage et à la hausse du taux de pauvreté, avec des implications particulières pour la génération qui entre sur le marché du travail ;
  • une crise de notre modèle de mondialisation, à mesure que nous constations les limites d'un modèle de production éclaté à l'échelle planétaire et les pénuries qui pouvaient en résulter ;
  • une crise de nos systèmes de protection sociales, et notamment de santé, qui a mis à jour à la fois l'ampleur de la sous-dotation des hôpitaux comme de la recherche publique, ainsi que les limites d'un système fondé sur une production de médicaments largement délégué au privé et à l'étranger (autour de 80% des principes mondiaux actifs sont produits en Chine, en particulier dans la région de Wuhan) ;
  • une crise politique associée aux modes de gestion et d'anticipation par l'État de telles pandémies (cf. la pénurie de masques et de médicaments ou les débats sur le caractère autoritaire des décisions de confinement et la place de l'expertise scientifique dans la décision publique autour des figures du conseil scientifique et de Didier Raoult).

Si l'État a été pris au dépourvu et semble avoir toujours du mal à tirer les conséquences qu'il disait vouloir tirer de la première vague de la pandémie, plusieurs explications peuvent être avancées à une certaine forme d'impuissance publique : la première - celle des tenants d'une vision exogène du virus - consiste à considérer que nous avons dû faire face à un évènement inattendu et imprévisible. Cela appelle des mesures d'exception à titre temporaire en attendant un vaccin et les effets d'une " relance économique ". Tout devrait ensuite rentrer dans l'ordre. A part quelques précautions supplémentaires, il n'y aurait donc pas lieu de remettre en cause notre système économique antérieur. Le seconde explication - celles des tenants d'une vision endogène de la crise - considère que nos institutions politiques et économiques apparaissent dépourvues parce qu'elles n'ont pas vu (et ne veulent toujours par voir) que cette crise révèle des enjeux plus profonds.

La crise du Covid et les enjeux écologiques sont donc liés doublement. D'une part parce qu'une approche endogène du Covid rappelle que les effets en retour de l'activité humaine sur la biosphère sont multiples et complexes : comme les enjeux écologiques, la crise sanitaire aurait pu être anticipée et gérée différemment, que ce soit par les acteurs politiques ou par les acteurs économiques. Les effets du Covid en termes d'activité et de croissance économiques ont également pu amener à interroger nos modes de production et les hiérarchies d'importance au sein de nos sociétés. Ces deux crises interrogent donc les interrelations systémiques entre économie, société, politique et environnement non-humain. Elles incitent à discuter la viabilité de nos systèmes de productions ainsi que le primat donné à l'économique par rapport à d'autres enjeux politiques, écologiques et sociaux.

Dans le cadre de ces séminaires, nous chercherons à analyse les éléments qui corroborent l'idée selon laquelle ces crises sont en réalité bien plus que des phases aigües associées à une situation temporaire. Nous nous efforcerons de montrer qu'elles révèlent de dysfonctionnements systémiques fondamentaux. Nous montrerons, en particulier, le lien entre la situation que nous vivons et les enjeux environnementaux, à la fois dans les causes de la pandémie mais également dans les questionnements que cela appelle pour construire l'avenir.

Si cette pandémie révèle quelque chose, c'est certainement la nécessité d'une transition écologique dont les contours restent à déterminer : en tenant compte des limites de la planète, il faudra, comme le propose Bruno Latour, discuter de ce qui est important et de ce qui est superflu ; il nous faudra faire décroître certains secteurs (l'aéronautique, certainement, l'automobile et certaines formes de tourisme, probablement) ; il conviendra de repenser nos modèles de production et de consommation ; il sera nécessaire de tenir compte des différences de " développement " au Nord et au Sud pour ne pas attiser des ressentiments susceptibles de provoquer des tensions domestiques et internationales majeures. Sur toutes ces questions, l'ingénieur aura un rôle à jouer[2]. C'est pour engager la discussion que ce séminaire a été pensé !

Dans le cadre du module GE90, des invités issus de différents horizons, académiques et non académiques, viendront éclairer ce sujet de différentes recherches, expériences et points de vue. Au-delà des discussions en séances, il est attendu des étudiant.e.s inscrit.e.s qu'ils/elles réalisent un dossier en groupe (de 3 étudiants) sur une problématique de leur choix en lien avec la thématique. Le dossier est à remettre au plus tard le 1er juin 2021.

Inscription (nombre de places limité)

Inscription auprès de : chimene.fontaine(at)utc.fr 

Pas de prérequis pour s'inscrire à GE90.
Nombre de crédits : 4

[1] La notion de " crise " évoque une situation soudaine et de courte durée pouvant ouvrir sur des transformations profondes. Certaines des crises évoquées seront probablement amenées à s'installer dans la durée et donc changer de nature. C'est également pourquoi nous parlons d'" enjeux " écologiques et non de " crise " écologique.

[2] https://www.lemonde.fr/campus/article/2019/11/03/ces-jeunes-ingenieurs-qui-choisissent-la-decroissance_6017843_4401467.html