# Posté le dimanche 7 novembre

Je passe le week-end avec Domitille, munie des documents de cours en TF01, SY02 et autre TSH. Elle habite le Clos des Roses. En venant, je me laisse surprendre par la hauteur des immeubles du quartier et me demande quel type d'angoisse cela doit susciter aux habitants des derniers étages, pour peu qu’ils soient atteints de vertige… Il faut à tout prix construire des tours gigantesques, rentabiliser l’espace, héberger le plus d’habitants possible. Pour moi, cela pourrait s’apparenter à une invitation à se jeter de toujours plus haut.

Je suis donc arrivée samedi matin, le cartable rempli de classeurs et de polycopiés, seulement parce qu’elle me l'avait demandé.

Alitée, les yeux boursouflés, le teint pâle, elle esquisse ce sourire doux et complaisant en me voyant entrer. M’installant à son bureau, je dégorge mon sac de ses papiers et compose une belle pile de cours sur le meuble. Éparpillés un peu partout sur la table de chevet, des boîtes de gélules où sont inscrits des mots pharmaceutiques abscons comme Erlotinib, Afatinib, Osimertinib ou Gefitinib attirent mon attention. En l’observant travailler au lit, je constate à quel point ses cheveux ont terni, eux qui autrefois luisaient des tons roux flamboyants. L’ampleur de sa tignasse semble avoir perdu de sa fougue. L’altération de l’acuité visuelle et de l'ouïe suite aux effets secondaires des médicaments mettent rapidement un terme à la séance de révision. Domitille se pelotonne, se cache sous le drap, avec le souffle fort et continu d'un animal qui souffre.

Avant de sombrer dans un sommeil anesthésié, elle me souffle de sa voix cassée : “Je suis une rue de Rivoli qui tourne en escargot sur elle-même, les murs se rapprochent toujours plus près de moi, j’ai l’impression que je vais finir écrasée.”

XII