# Posté le dimanche 26 septembre

« Ou sont les bières ?! » sont les premiers mots prononcés par Clément ce matin en forçant lourdement sur les pauvres paumelles de ma porte. À peine dix heures, et mon colocataire songe déjà à attaquer l’apéro me dis-je. Mais pourquoi aurais-je de l’alcool dans ma chambre ? Je vous explique.

1) Clément est un somnambule.

Une nuit, il y a un an, il s’est involontairement introduit dans la cuisine et a dilapidé le frigo. Il s’est enfourné des yaourts, des saucissons, et même une tarte aux légumes que j’avais préparé la veille, et puis engloutit la bouteille entière de sauce soja salée SuziWan de 300ml, et le fond de bouteille d’une Poliakov à 37,5 degrés sans tilter. Le mal de ventre le lendemain ne l’avait pas permis d’aller suivre les cours, et ses parents avaient voulu qu’il aille se faire hospitaliser.

2) Clément est un étudiant dangereux.

Clément est un expert dans le vol de verreries et de produits chimiques dans les locaux de l’Escom. De temps à autre, quand il revient de séances de TP, il déballe fièrement son magot de tubes à essais, de béchers, de pipettes graduées et de flacons aux couleurs incongrues. Seuls ces articles sont soigneusement rangés dans sa chambre, dans un bac imperméable et conçu à cet effet de stockage. Un débat purement rationnel le convainc d’encadenasser ses maraudes et solutions acides et alcalines. Une deuxième réflexion l’avise à ce que je cache ses produits interdits dans ma chambre. Sur le coup de la proposition, je n’étais que peu emballée à l’idée de voir une concentration excessive en ion H+ et OH- dans un coin de ma chambre, sachant que l’inhalation de la vapeur de ces produits corrosifs était potentiellement mortelle, sujette à de graves brûlures et perforations fatales.

3) Clément est un bon vivant.

L’alcool est une religion ici. Mais interdiction de stocker les litres d’éthanol dans la cuisine ou dans sa chambre, je me charge de conserver les liqueurs dans mon armoire, à l'abri de l’ours à l'affût. Je me charge donc du rôle de passeuse d’alcool, seulement lorsque la consommation en est jugée justifiée.
Je lui demande la raison de son engouement matinal à sortir la cargaison, sur quoi il me répond qu’il compte organiser une soirée ce soir à la coloc, et faire l’inventaire de ce qu’il reste en whisky et cocktails. Je tente de le ressaisir en le convainquant de ne pas se mettre chiffon un dimanche soir, mais il me confirme que son lundi peut être passé sous silence.

II