# Posté le samedi 25 décembre

Ce soir, de retour à la maison avec ma famille, je me dis que c’est l’occasion de revoir du monde et de parler de mes états d'âme. Cependant, je n’ai vraiment aucune envie de mener des conversations inintéressantes et sans but. Je me surprends parfois même à rêver d’être loin d’eux, de couper les ponts afin de complètement les oublier.

Les fêtes de Noël, tout comme les enterrements, occasionnent ces moments de retrouvailles et de grands banquets familiaux, ces instants de débats et discussions agités autour de la table, aussi futiles qu'ils soient. Le ton hausse et les voix graves viennent noyer l'ambiance sonore. Certains tentent d'apaiser les noises, d’autres ont déjà renoncé à la chamaillerie, car il ne suffit pas d’avoir raison pour tenir le beau rôle.

Tenez-vous bien loin des grands centres urbains, tenez-vous bien loin du fourmillement de vos semblables et tenez-vous bien loin de ce que Roland Barthes appelle «la pulsion parlante».

Ce goût du bavardage effréné de la société où il faut absolument réagir.

La grande maladie de l’époque.

On revoit tous les membres de sa famille pour passer un bon moment, mais on parle toujours des mêmes choses avec les personnes qu’on ne voit qu’une fois par an.

Et alors les études, comment ça se passe ? Tu t’amuses bien là-bas ?

J’aimerais tellement leur faire part de la solitude qui m'accompagne.

Comme il faut toujours de l'amour pour comprendre ce qui diffère de vous, je ne sens en mes parents, oncles et cousins, à mon égard, qu'incompréhension, méjugement ou, qui pis est, indifférence.

Je note dans un coin de ma tête:


La vraie solitude, ce n’est pas être seule, c’est se sentir seule,
même accompagnée.

Pour fuir cette détresse intérieure qui grandit à chaque instant, je m’éclipse furtivement du repas au service du plateau fromage, dans le brouhaha des éclats de rire et des verres de champagne qui trinquent. De toute façon, je n’ai plus faim. J’en profite, l’air de rien, pour m’aventurer furtivement dans la cave souterraine de la maison de campagne, histoire de dégoter une bouteille de champagne de Castellane brut dans le casier à vin, avant que le stock ne s’épuise. Je la cache sous ma veste, puis m’en vais marcher dans le jardin, ou plutôt le parc domaniale de mon oncle.

Munie de mon blouson d’hiver, j’arpente les sentiers caillouteux de la propriété, vue plongeante sur une forêt de pins épineux, à déguster mon champagne aux parfums de fleurs blanches.

Je sens un frôlement étrangement doux à mes pieds. Dans le noir du crépuscule, je ne discerne pas grand chose et une inquiétude instinctive me gagne jusqu’à ce que le miaulement du chat m’apaise rapidement. Je m'assois à ses côtés et balade ma main le long de son manteau fauve. Côtoyer les bêtes est une jouvence. Il se met à ronronner puis s'enfuit brusquement, les oreilles aux aguets devant les ténèbres qui nous font face. Une pensée émue au mulot qui va passer un sale quart d’heure...

Au loin, j’entends l’eau du fleuve rebondir et bouillonner. Et si c’était par désespoir que les cascades se précipitaient du haut des montagnes?

Il est minuit.

En dessert, la lune. Je goûte les saveurs de la nuit.

XXXV