# Posté le dimanche 26 décembre

Je trouve le prétexte des révisions et des projets pour regagner Compiègne. Ma mère me reproche ce départ précipité. Je lui dis avoir pris goût à la méditation, que l’isolement entraîne la mise en branle de ma concentration.

Elle reste toutefois mécontente et ne daigne même pas me raccompagner à la gare.

De retour à la maison, je me cloître dans le bureau de mon propriétaire, m’installe sur la table en chêne et m’adonne à mes cours de statistiques. Jetant des coups d'œil curieux dans les étagères qui surplombent le cabinet, je ne suis pas au bout de mes surprises. Carnets de voyage, esquisses de gravures mécaniques, astronomiques, porcelaines chinoises, vases androgynes, horloges, automates… Attention de ne pas m’attarder parmi ces nouvelles découvertes prometteuses en révélations. Je suis en train de pénétrer au cœur d’un message secret en forme de theatrum rationaliste.

Vite, vite, j’explorerai après avoir fini mes révisions de SY02. Pourtant, ces objets qui, dans la lumière oblique du soleil couchant, prennent leur vraie physionomie, des silhouettes, pas des instruments.

C’est alors que je l'aperçois, cette machine à écrire, un beau sténodactylographes de 1900, exposée au sommet d’une pile de papiers jaunis et de porte-documents en maroquin.

Définitivement intriguée, je saisis l’instrument avec la plus grande délicatesse, souffle sur les touches à levier poussiéreuses pour y distinguer la typographie des lettres.

À la surface de pages ambrées par le temps, coincées dans l'encoche de la machine, se dressent quelques bribes de signes conventionnels tapés à la main s’apparentant à l’élégante calligraphie arabe, sous la forme d’un poème ou d’un haïku.

大空のました
帽子かぶらず
- 尾崎放哉

Je survole ensuite les textes imprimés sur les feuillets fragilisés par le temps.

Sur la préface de ce qui semble être un mémoire, je lis l’incipit suivant:

“Divine est morte hier au milieu d'une flaque si rouge de son sang vomi qu'en expirant elle eut l'illusion suprême que ce sang était l'équivalent visible du trou noir qu'un violon éventré, vu chez un juge au milieu d'un bric-à-brac de pièces à conviction, désignait avec une insistance dramatique comme un Jésus le chancre doré où luit son Sacré-Cœur de flammes.” (Flaubert).

De flammes nous parlerons, il en sera métaphoriquement question, parce qu’il va nous falloir flirter avec le Big Bang, cette explosion primordiale, pour poser la question de l’articulation de la nécessité et de la contingence de l’Univers.

Je tenterai dans cet essai, de nervurer votre cheminement à travers l’espace et le temps, faire prendre conscience au lecteur de la multiplicité des lois des phénomènes scientifiques, du caractère aléatoire de leur émergence pour montrer enfin que philosophie et mathématiques sont intrinsèquement liés, et que sous des yeux de géomètre, face à cette polyphonie cosmique, scruter l’aspect de la voûte céleste n’est finalement qu’une invitation à la poésie.

XXXVI