# Posté le lundi 27 décembre

Fascinée par la lecture, j’ai passé une partie de la nuit à côtoyer les visages cosmiques des galaxies voisines, leur firmament intrinsèquement diapré. J’ai observé le monde sur toute l'étendue du spectre électromagnétique, les structures filamentaires du gaz de la Voie Lactée, les rayonnements fossiles, l’écho du Big Bang, puis dans les infrarouges les disques protostellaires et protoplanétaires, naissance des planètes et des étoiles. Les ultraviolets me plongeaient dans les nuages nucléaires formés par la nucléosynthèse, les rayons X me soufflaient des langues de feu face à l’explosion des supernovas et de la nébuleuse du Crabe. Je ne savais plus où donner du regard, immergée dans une épilepsie céleste, dans les capricieuses combinaisons de kaléidoscopes, dans un enchevêtrement de tons colorés et de lames de lumières. Le domaine des rayons gamma est un tout autre ciel : des pulsars, étoiles à neutrons, et autres particules relativistes.

Au petit matin, métamorphosée en sonde du cosmos, je reprends mes lectures et arpente les structures intimes du réel, j’escalade les théories de Newton, Copernic et Einstein, j'échafaude la cosmologie et pousse toujours plus loin l’archéologie du savoir. Le monde qui m’entoure n’est pas unifié, il est diversifié et foisonnant, cela participe à sa beauté et à son élégance.

Je tombe parfois sur des termes affreusement barbares : brisure spontanée de symétrie, gravité quantique à boucle, mesure du désordre entropique, théorie des cordes...

L’espace-temps se transforme à mesure que je m’y meus et les corps derrière mon passage entrent en mouvement, se collisionnent, s'apprivoisent, se font la cour, telle la Lune qui danse autour de la Terre ou Saturne qui revêt son chapeau annulaire pour séduire les satellites.

Au contraire d’un monde atrophié, triste, pauvre et froid, l’auteur de cette mystérieuse apologie de l’Univers m’invite vers une cosmologie envoûtée, empreinte de merveilles et de magie. Elle en fait de la vie un jeu encore plus beau et plus étonnant. À travers ses démarches et démonstrations, le sens de tout cela ne serait pas préexistant, il s’inventerait avec la partie. Cette manière de composer avec l’instable, avec le fugitif et le multiple, c’est la grandeur, la beauté et la dignité de la science contemporaine. Il énonce que la cosmologie est à la physique ce que le personnage de Circée est au voyage d’Ulysse, la plus dangereuse, la plus belle, celle à partir de qui tout devient possible.

Tout cela, je le lis également à travers sa plume, chaque mot résonne sa lueur, comme une étoile lointaine fait briller son éclat malgré les années lumières qui nous séparent.

Les pages de ce manuscrit sont un univers en contraction.

Même dans les chiffres et les formules gravitationnelles, il y a une poétique propre de la mathématique que je découvre. L’essentiel est avant tout d’avoir l’intuition d’une structure, la prise de conscience du réel auquel on s'intéresse et que l’on affronte.

La recherche de la clarté absolue, la cohérence à tout prix : une exigence vaine. C’est avoir l’âme atrophiée que de penser avoir la prétention de pouvoir fournir une explication rationnelle à toute chose.

Le livre fait un éloge à Bergson sur les données immédiates de la conscience, qu’il faut être capable de percevoir sans conceptualiser. Laissez-vous aller. Laissez-vous emporter par les disjonctions et les contradictions.

Laissez être l’écart.

XXXVII