# Posté le samedi 25 septembre

Ce soir, après les cours, je suis allée voir ma grand-mère à l'Ehpad. Elle porte le plus tendre nom que je connaisse, Nanou.

Que puis-je vous dire d'elle...

Ses yeux sont d'un bleu-gris doux qui vous rendent triste, mais l'étincelle de ses prunelles rallume en vous cette heureuse malice de votre enfance.

Souvent, comme aujourd'hui, elle reste assise sur son fauteuil à regarder par la fenêtre, le regard embrassant l'horizon embrumé d'un soir de septembre.

Comme l'automne, je l'ai trouvée mélancolique, chargée du regret de ce qui s'en va et de la menace de ce qui s'en vient. Avec toujours ce don de s'imprégner de l'atmosphère qui l'entoure, d'adopter le sentiment du climat, comme si son esprit semblait éclairé à la fois par le soleil qui se couche et par la lune qui se lève. Son visage paraît couvert d'un voile invisible, interdisant l'accès aux décryptages de son monde intérieur.

Pourtant, je l'ai vu, ce sourire triste, quand elle m'a aperçue en rentrant dans sa chambre.

Ce sourire amer qui crie : la maladie me ronge telle une gangrène, mon état décline, le flux de ma conscience est inconstant, ma mémoire s'atrophie comme la dune qui s'érode avec le vent.

Alzheimer.

Diagnostiquée depuis 1 an à l'âge de 89 ans.

Nanou porte ce calvaire avec audace et élégance : une coiffure au carré apprêtée en toutes circonstances, des ongles vernis et taillés au millimètre, des lobes parés de perles nacrées, un costume de soie aux couleurs apaisantes, de petits mocassins en cuir noir, et une douce émanation d'un 24 Faubourg.

Cette sensation, en entrant, de la voir braver le destin, de garder la tête haute et de lancer des paris fous sur la convalescence.

C'est alors que je mesure la fuite du temps, et les ravages irréversibles qu'il laisse derrière lui. Puis l'envie de lui dévoiler mes transports s'envole.

Sera-t-elle encore là quand je reviendrai de mon Erasmus ? Combien de temps la maladie prendra-t-elle pour lui aspirer la vie ?

Ce sont des questions que je préfère écarter, car je ne veux pas y songer.

Nous passons alors cette fin d'après-midi à discuter du temps, des cours, des souvenirs et de recettes gourmandes. Sur sa table de chevet s'empilent des magazines de cuisine à côté d'un pot de pervenches ecchymoses ainsi que des mots croisés à moitié entamés. elle me raconte les mets médiocres qu'on lui sert aux heures précoces des repas, elle qui est une amoureuse des saveurs et de la pâtisserie.

« Il me faut trouver des plaisirs ailleurs » me dit-elle, attristée.

J'y songerai, pensai-je.

Avant de me noyer dans l'océan de ses yeux, l'infirmière s'introduit déjà avec le plateau repas du soir. En m'apprêtant à battre en retraite, elle me retient par la manche de sa main frêle, puis me remplit les poches de quelques madeleines subtilisées de son goûter.

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