# Posté le samedi 11 décembre

Un pinceau de chaleur vient me caresser la joue. J'ouvre mes yeux encore endormis, les nuages derrière la fenêtre sont percés d'une flèche d'or. Un soleil timide se dévoile dans le cortège de nuées grisonnantes du matin.

Serait-ce une invitation pour une promenade champêtre ?

J'enfile un manteau et engonce mes pieds dans des godasses fourrées. J'arpente les ruelles de Compiègne en humant les émanations des croissants au beurre et du café au lait des troquets.

Les commerçants s'activent dans leurs boutiques et les producteurs exposent avidement leurs pots de confitures et tomes de fromages sur les étals du marché, rue Saint-Corneille. Les vendeurs, le visage rougi de froid, emmitouflés dans leurs pulls en laine, appâtent le chaland par quelques dégustations alléchantes. Au bout de la rue, je m'approche des stands du fleuriste encerclé de grand-mères munies de leur chariot, la mine curieuse dans les camélias et les chrysanthèmes. Mon regard s'arrête sur des pervenches bleues fanées dans leurs pots intriqués, placés à même le sol, au pied des passants. Les enveloppes foliacées d'antan ont laissé place à un ornement dégarni de pétales desséchés.

La vision de cette plante agonisante me fait un pincement au cœur.

Je me laisse errer sur les rues pavées de la ville qui mènent jusqu'aux jardins du palais. Je longe l'avenue des Beaux Monts bordée de la forêt domaniale, les arbres chantent à la traversée d'une brise. Je m'engouffre dans une des voies latérales indiquées par les panonceaux en croix. Je croise quelques chevaux sur mon chemin, le pas lent et l'air solennel.

Soudain, un monument aux morts fait son apparition en marge du sentier, près des rails du train de fer, dissimulé sous les arbres et leur camaïeu de feuillages orangés. Une stèle, en commémoration du dernier train parti pour le camp de Buchenwald, s'érige face à moi.

Une pancarte résume le témoignage d'un rescapé de la Seconde guerre mondiale sur les camps de la mort. Il raconte le pénible périple des trajets en train et la situation sanitaire exécrable du voyage. Puis, inévitablement, les morts qui s'enchaînent et qui s'entassent au fond des wagons.

De quoi vouloir rendre l'âme.

Pourtant, j'ai entendu parler de cette histoire de ces deux juifs tombés amoureux à Auschwitz, en 1943, la guerre était à son point de bascule. Ils se seraient rencontrés à proximité de l'un des fours crématoires du camp d'extermination. Il n'y avait pas pire endroit, ni pire moment, pour tomber amoureux.

Comme quoi, les miracles surviennent même dans les moments les plus sombres. Séparés lors de la libération, ils s'étaient promis de se retrouver ; il leur aura finalement fallu attendre 72 années.

Il n'est jamais trop tard pour dire aux autres que nous les aimons.

L'idée me vient de contacter cette amie d'enfance que ma grand-mère chérissait tant et à qui elle n'ose plus parler pour une simple querelle.

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