# Posté le vendredi 17 décembre
Directement après la fin des cours, je saute dans le premier bus à l'arrêt Couttolenc. Je manque de tomber dans les escaliers en béton lors de mon dévalement de marches. Pour une fois que le bus est à l'heure, il s'agit de ne pas le rater. Le car numéro 5 me dépose devant l'Escom, école de chimie organique, qui se trouve non loin de la résidence médicale.
Les rideaux sont fermés, Nanou n'est pas assise devant la fenêtre comme à son accoutumée. Elle reste allongée dans son lit en regardant sans conviction l'écran mural, qui diffuse une série télévisée médiocre, semblable aux Feux de l'Amour ou à Un Si Grand Soleil.
Mon intrusion dans la pièce ne lui fait ni chaud ni froid, je suis devenue une étrangère.
Trop fatiguée pour protester de ma présence, elle se résigne à se focaliser sur le programme télé sans me considérer. Je m'assois tout de même près de son chevet, à regarder son visage éteint. Se sentant vaguement observée, effarée, elle me porte un de ses regards troubles qui manifeste une grande angoisse morale, un étonnement mêlé d'effroi.
Pour la rassurer, je prends ses mains fraîches dans les miennes. Le contact physique semble apaiser ses tourments ; elle esquisse un léger sourire de gratitude.
Bien qu'elle ait oublié mon identité, elle est réceptive au partage que je tente de lui communiquer. Et puis il ne lui faut pas longtemps avant qu'elle ne s'endorme.
Je profite de ce moment de répit pour aller chercher son portefeuilles dans le sac en cuir. Je farfouille les breloques, les paquets de mouchoirs, les photos jusqu'à tomber sur un carnet d'adresses. En feuilletant le calepin, je tombe sur le prénom de son amie Paulette, suivi d'un numéro de téléphone écrit d'une belle écriture à l'encre bleue.
Éprouvés par le temps, les chiffres s'en retrouvent délavés, presque effacés.