# Posté le mercredi 27 octobre

Cela fait maintenant cinq heures que j’attends. Il est 3h du matin. J’ai la tête qui tourne, les membres engourdis. Il me semble que je me suis endormie quelques minutes sur ma chaise. S’assoupir en position assise est déjà en soi très inconfortable, mais cela devient un supplice sur ces dossiers raides et anguleux. Ma moelle épinière me le fait sentir. Cependant, je reste contrariée sur la tournure de cette fin de soirée. Et si je ne mesure pas la gravité de la situation, je n’ai eu aucun retour depuis qu’ils m’ont laissée ici seule à gamberger.

Que faire ?

Errer dans les couloirs et épier à travers les vitres quadrillées des portes cliniques, lourdes et fermes ?

Des patients pleurent, d’autres se lamentent, les infirmières accourent, et les docteurs, vêtus de leur blouse blanche, marchent d’un pas pressé dans les corridors. Ici, loin des décorations fantaisistes des fêtards, le cadre est tout autre ; je sens les odeurs gériatriques, les relents de désinfectants et de médicaments. Je respire l’odeur de la mort et de la sénescence. Alors, rien de mieux pour une soirée Halloween, mais plus personne ne simule ...

Les couloirs sont interminables, la couleur blanche et crue des murs me brûle les yeux, la lumière artificielle des tubes luminescents me donne le tourni. Épuisée par une escapade nocturne dans les labyrinthes de l’hôpital, je m’en retourne au point de départ.

À deux doigts de m’assoupir, une vieille dame assise en face de moi, le visage émacié, le regard jauni et obstrué de fins vaisseaux sanguins me fixe droit dans les yeux avec insolence. Le genre de personnalité dérangeante que l’on peut voir dans les asiles de Shutter Island.

Je reste tétanisée devant cette présence spectrale qui m’observe avec insistance. Ce doit être l’effigie de la mort qui me jauge, et ce sera la dernière image de ma journée puisque je finis par sombrer pour de bon dans un sommeil sans rêve.

Je me réveille en sursaut lorsque quelqu’un me secoue l’épaule. C’est la mère de Domitille, elle vient d’arriver à Compiègne après 5 heures de route depuis Strasbourg. Il est 6 heures du matin, elle me remercie d’avoir veillé sur sa fille et me suggère de rentrer me coucher. Épuisée, j'exécute ses conseils et lui demande de me tenir au courant de l’affaire. En quittant les lieux, je remarque que la femme âgée qui me faisait face a disparu.

Je me couche à 6h40 pour me réveiller une heure plus tard. J’ai cours de EN21, sur l'électronique analogique. Il ne s'agit plus de mixer des musiques techno, mais plutôt de concevoir des filtres passe haut et des systèmes asservis. Monsieur Forget nous gribouille le tableau de schémas logarithmiques et de fonctions de transfert du 2nd ordre. Il fait augmenter le gain en Décibels sur les diagrammes de Bode, tandis que ma tête résonne encore des vibrations de la veille.

La journée est très dure, je ne parviens pas à me concentrer, mes préoccupations s'entrechoquent. Je n’aime pas rester dans l'ignorance. J’envoie des messages Facebook à Domitille, mais elle ne répond pas. Sur Whatsapp non plus. Pas de connexion sur les réseaux sociaux depuis hier soir. Ce n’est pas bon signe. Je tente de l’appeler deux fois sur son numéro. Silence radio.

Mon téléphone finit enfin par sonner dans la soirée, c’est un appel entrant de Domitille. Je me précipite dessus et décroche nerveusement.

Domitille m’annonce qu’on lui a diagnostiqué un cancer.

V