∙
•
●
♪
●
•
∙
# Posté le jeudi 11 novembre
Chaque jour s’écoule, miroir de la veille, esquisse du lendemain. Je m’ennuie. Je me lasse des soirées Netflix, d’écouter les statistiques déplorables du Covid à la télé, d’appeler mes parents sur WhatsApp quand il n’y a rien à leur raconter.
Je déambule comme une âme en peine dans les pièces de la maison, émets quelques saluts aux araignées qui tissent leurs toiles, en toute sérénité, près des fenêtres. Puis m’arrête devant la porte du bureau. Celle du propriétaire de la maison, absent toute l’année. Je m’y engage par curiosité, car la porte est étonnamment ouverte.
Un cosmos ambiant règne dans son bureau, j’y trouve un refuge, un lieu inaccessible, quelques mètres cubes de silence, mais dont les grandes surfaces s'animent d’affiches, de livres et d’objets insolites. Une immense mappemonde de Robert de Vaugondy est placardée sur toute la longueur du mur. Un sextant est disposé sur la commode en bois, à côté d'une maquette de l’Hermione du XVIIIème, frégate de la liberté, et d’un gigantesque globe terrestre.
Près de la vitre, un télescope optique, m'arrivant mi-hauteur, voit son objectif orienté vers le ciel. Sur les étagères, des bouteilles d’eau de vie sont alignées, ainsi que des bocaux aux liqueurs inconnues renfermant des écailles de serpents et des espèces florales mystérieuses. Ici, un ancien poste de radio à lampes, et là-bas, toute une installation de matériel d’enregistrement avec microphones, basses, enceintes, filtres et panneaux acoustiques… Un bureau en bois massif au centre, sur lequel il est impossible d’en discerner la surface tant lettres et bouquins y sont éparpillés. Même la lampe Pixar ne semble plus savoir où y mettre de l'œil. Une chaise du même bois sombre, au long dossier, devance le cabinet.
Au coin de la pièce, une bibliothèque en chêne rayonne les reliures d’ouvrages scientifiques et de romans usés, tous sont à leur place, entre les cadres photos et les lettres empilées. J’ai l’impression d’être dans l’office du professeur Dumbledore. Quoique les planisphères et la lampe à l’huile accrochée au mur me téléportent dans l’observatoire de l’Abbés Blanes.
Enfin, un grand piano à queue remplit l’atmosphère lyrique du lieu. Les piles d’ouvrages qui s’accumulent anarchiquement sur le sol et les meubles feutrent l’acoustique entière de la pièce. Comme lorsque nous avons la tête plongée dans l’eau, et que seul le bruit des profondeurs de la mer se fait entendre.
Je reste une bonne heure à m’imprégner de ce décor, et pianote quelques touches de l’instrument sur le siège en bois sculpté.
Je ne vois plus le temps passer.